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Intervention dans le débat sur la question orale n°2 sur la situation de l'industrie textile en France.
Séance du jeudi 10 octobre 2002.

JO n° (CR)

M. le président. La parole est à M. Philippe Adnot.
M. Philippe Adnot. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, je ne peux que partager la volonté de M. le président Poncelet d'encourager une prise de conscience nationale de la situation très grave de l'industrie textile, et saluer la pertinence de la question orale avec débat qu'il pose aujourd'hui en ce moment crucial.
Je souhaiterais, pour ma part, appeler plus particulièrement votre attention sur le contexte difficile dans lequel évolue l'industrie du chaussant : bas, collants, chaussettes.
Vous savez que l'Aube est le département de la maille, puisque 40 % de la production y sont fabriqués. Or, depuis plus de dix ans, elle a perdu plusieurs centaines d'emplois dans ce secteur, même si elle a réussi à en préserver autant.
Qu'elles appartiennent à des groupes au nom prestigieux qui sont passés sous contrôle américain et qui ont disparu ou à des groupes qui existent encore, comme Doré-Doré dans le haut de gamme, toutes nos entreprises doivent plus ou moins recourir aux délocalisations. Pour certaines d'entres elles, cela n'empêchera d'ailleurs pas une éventuelle faillite.
La situation extrêmement difficile dans laquelle se trouve notre industrie n'est que le reflet du malaise face à une concurrence sans cesse accrue des pays à faible coût de main-d'œuvre.
Ainsi, ces dernières années ont été caractérisées, dans le secteur du chaussant, par une chute importante tant du volume achetés aux industriels français que du chiffre d'affaires réalisé sur le secteur en grandes et moyennes surfaces.
Dans les GMS, grands magasins et supermarchés de plus de 800 mètres carrés, l'évolution des quantités vendues par les distributeurs est telle que nous avons perdu 16 % de parts de marché. Et cela continue puisque le marché du chaussant a perdu 7,2 % en volume. Pour l'année 2002, l'estimation réalisée sur la base des chiffres du premier semestre montre encore une baisse du marché de 5,3 % en volume.
La volonté des grandes enseignes de distribution françaises d'améliorer leurs marges pour pallier le blocage des extensions des surfaces de vente a eu plusieurs effets : concentration des enseignes, développement des marques distributrices, pression sur les prix, inflation des concessions commerciales pour les marques nationales.
Ces effets conjugués ont eu pour conséquence un développement du négoce et de la sous-traitance internationale, d'où un recrutement important par les GMS d'équipes d'acheteurs.
La plupart des enseignes se sont structurées en recrutant des équipes d'acheteurs qui recherchent à l'étranger des produits au meilleur prix, et il n'est pas rare de rencontrer ces acheteurs chez les sous-traitants des fabricants français.
Par ailleurs, différents pays ont des équipements de plus en plus performants. Nombre d'entre eux tels que la Turquie, le Portugal, la Hongrie ou la Roumanie se sont équipés de matériel performant afin de répondre aux demandes de la distribution et leur parc de machines est maintenant comparable à celui des fabricants français.
Cela a créé un véritable marché de l'approvisionnement international.
Le récent développement de l'organisation de salons de sourcing a mis en évidence cette tendance. De plus, avec la disparition croissante des quotas d'importation, il est de plus en plus simple pour les distributeurs de s'approvisionner sur le marché mondial. On constate ainsi que les grandes centrales de distribution font appel directement à la sous-traitance de proximité - Europe ou Maghreb - pour leur approvisionnement en circuit court.
Il serait donc illusoire, aujourd'hui, de penser que l'on va réserver les productions de masse aux pays très lointains pour ne garder que le réassort ; tout cela, c'est du passé, tant il est évident que tous ces pays interviennent maintenant dans le circuit court.
Permettez-moi de citer quelques chiffres révélateurs qui porteront très précisément sur l'évolution des importations de chaussettes entre 1996 et 2001.
La Turquie exportait en France 16 millions de paires de chaussettes en 1996 ; elle en est maintenant à 70 millions.
La Roumanie est passée de 6 millions de paires en 1996 à 42 millions aujourd'hui.
Par ailleurs, alors qu'on ne cesse de dire que ce sont les pays asiatiques qui créent des problèmes dans ce domaine, la Chine, qui exportait vers la France 11 millions de paires de chaussettes en 1996, en est à l'heure actuelle à 12 millions de paires.
Ces chiffres montrent bien que c'est de la proximité que provient l'effet de masse. Le problème, c'est donc la réactivité.
M. Christian Poncelet. Exact !
M. Philippe Adnot. Par ailleurs, a contrario, l'Italie, qui exportait 81 millions de paires en 1996, n'en est plus aujourd'hui qu'à 54 millions.
Les industriels sont donc obligés de délocaliser en partie leur production, et le rapport est à l'heure actuelle - il ne faut pas l'oublier - d'à peu près 80 pour la production de masse et de 20 pour la réactivité. Or, je l'ai déjà indiqué, cette réactivité n'est pas garantie à terme, il faut en être conscient.
Je n'ignore pas les efforts du Gouvernement pour que notre pays revienne à un niveau de compétitivité globale plus intéressant. Je n'ignore pas non plus l'intérêt de la diversification de l'activité économique. Il n'empêche que des entreprises en France, des entreprises de mon département risquent de procéder, dans les semaines qui viennent, à plusieurs centaines de licenciements. Cette question ne se traite pas avec des présupposés ou des idées générales et cela me conduit, madame la ministre, à vous poser quelques questions.
Concrètement, dans l'immédiat et dans l'urgence, quelles mesures comptez-vous prendre ? Comptez-vous, par exemple, introduire des contre-garanties du type SOFARIS ou des crédits à taux bas au bénéfice des entreprises concernées pour qu'elles puissent développer des politiques commerciales plus agressives ?
Quelles initiatives allez-vous prendre pour le reclassement des personnels, notamment pour la prise en charge et les cellules qui peuvent y procéder ? En effet, les entreprises n'arrivent même plus à financer les plans sociaux auxquels elles sont confrontées.
Quelles mesures allez-vous prendre aussi en ce qui concerne les formations longues qui peuvent concerner le personnel ? Plus généralement, comment allons-nous faire pour proposer des alternatives aux personnels qui sont obligés de trouver un autre travail ? Dans quelles industries ?
C'est donc bien un problème général que je soulève, madame la ministre. (Applaudissements.)


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