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Intervention dans la discussion générale du projet de loi relatif à l'enseignement supérieur et à la recherche
JO n°  s (CR)

M. le président. (...) Dans la suite de la discussion générale, la parole est à M. Philippe Adnot, premier orateur masculin inscrit ! (Sourires.)

M. Philippe Adnot. Tout à fait, monsieur le président, à tel point que j’ai craint un instant que l’enseignement supérieur ne soit désormais aux mains des femmes ! (Exclamations amusées sur les travées du groupe socialiste. – Sourires au banc des commissions.)

Mme Maryvonne Blondin. Vous êtes bien le premier !

M. Philippe Adnot. Réjouissons-nous de votre conversion à une parité qui ne soit pas systématiquement… paritaire ! (Applaudissements sur certaines travées de l'UMP. –Exclamations ironiques sur les travées du groupe CRC, du groupe socialiste et du groupe écologiste, ainsi qu’au banc des commissions.)

Mme Éliane Assassi. Ce n’est pas cela, la parité. La parité c’est moitié-moitié !

M. Philippe Adnot. Madame la ministre, je connais votre parcours et celui des personnes qui vous entourent. Il mérite le respect et la sympathie. C’est donc dans un état d’esprit positif que j’aborde cette discussion, malgré, je dois le dire, un certain sentiment de malaise.

Je ne parlerai pas des cours en anglais, qui existent déjà et qui sont nécessaires. Mais il me paraît essentiel, pour l’obtention d’un diplôme, de rendre obligatoire en même temps la parfaite maîtrise du français, ce qui suppose un enseignement spécifique parallèlement aux cours d’anglais.

Je ne vous accuserai pas de vouloir « détricoter » la réforme précédente, que j’ai soutenue en raison de l’esprit d’autonomie qui l’animait, encore que, sur certains aspects, cela pourrait y ressembler. Mais, dans certains autres domaines, vous avez repris et même accéléré le rythme.

Je pense aux pôles de recherche et d’enseignement supérieur, les PRES, qui deviennent des communautés : on voit bien que vous rêvez, comme Mme Pécresse, d’en faire des mastodontes. Pour ma part, je ne crois pas que la masse fasse la qualité.

Je pense encore aux sociétés d’accélération du transfert de technologies, les SATT, ces usines à gaz interrégionales qui ne porteront pas les fruits attendus, sauf, je l’espère, pour le financement de la maturation. Je compte d’ailleurs sur vous, madame la ministre, pour que l’on poursuive dans la dynamique ainsi créée. Il s’agissait d’une bonne mesure, qui mérite d’être pérennisée.

Je me bornerai donc, madame la ministre, à proposer des amendements visant à préserver ce qu’il y avait de bon et à éviter les dérives sur des sujets essentiels : l’orientation professionnelle, la gouvernance et le rééquilibrage des moyens.

S’agissant d’abord de la volonté d’orienter les titulaires d’un bac professionnel vers les IUT, que l’on peut comprendre, il ne faudrait pas que cela revienne à priver les étudiants titulaires d’un baccalauréat général de leur libre choix, car c’est une filière qui a fait ses preuves. La réforme risque de détruire ce qui a fait la réussite des IUT, sans pour autant rehausser les universités, et ce en raison du refus d’une évidence : il sera bien nécessaire un jour de pratiquer la sélection à l’entrée à l’université. (Applaudissements sur les travées de l'UMP.)

J’en viens ensuite à la gouvernance, élément essentiel de l’autonomie et de la réussite des universités. Nous avons échappé, grâce à votre travail, au double pouvoir, celui du président d’université contre celui du président du conseil académique. Mais il reste à garantir aux établissements qui participeront aux communautés la capacité d’être présents et de décider de leur avenir au sein des instances de gouvernance. Il faut leur garantir que les financements affectés, d’une part à la communauté, d’autre part aux établissements, seront isolés.

Il reste, enfin, un sujet majeur : le rééquilibrage des moyens entre universités. Je souhaite que le système de répartition des moyens à la performance et à l’activité, ou SYMPA,…

Mme Maryvonne Blondin. Non, il n’était pas sympa ! (Sourires sur les travées du groupe socialiste.)

M. Philippe Adnot. … qui n’a jamais été appliqué, soit, enfin, mis en œuvre sur un périmètre élargi. Faute de récompenser la marche vers l’excellence, le système universitaire ne connaîtra pas d’amélioration qualitative.

Dans le cadre de mon rapport, j’ai chiffré à 1 milliard d’euros la somme nécessaire au rattrapage des dotations pour les universités sous-dotées. Je vous ai proposé une piste en attendant des jours financiers meilleurs, madame la ministre. Il n’est pas normal que l’inscription à l’université coûte moins cher qu’un abonnement téléphonique, qu’un forfait dans un club de sport ou que la consommation ordinaire de cigarettes.

La considération que l’on doit porter à l’université et la chance que l’on a de pouvoir la fréquenter supposeraient que chacun accepte d’y consacrer un effort financier au moins égal à la moyenne européenne, soit 600 euros. Cela permettrait de faire un grand pas en faveur des universités les moins dotées, soit un acte essentiel pour l’avenir de notre pays.

J’aurais pu évoquer bien d’autres sujets, madame la ministre, comme la nécessité absolue, sous une appellation ou sous une autre, de faire évaluer notre recherche de manière indépendante et non par auto-évaluation, ce qui revient à n’être évalué par personne ! Mais le temps qui m’est imparti est relativement limité.

La discussion qui va suivre devrait nous permettre de travailler sereinement à une université de qualité, élément essentiel de l’avenir de notre pays. (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'UDI-UC. – M. Philippe Darniche applaudit également.)


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