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Intervention dans la séance de questions d'actualité au Gouvernement.
Séance du jeudi 5 juin 2014.
Valeurs de la société
 

M. le président. La parole est à M. Philippe Darniche, pour les non-inscrits.

M. Philippe Darniche. Au mois de septembre, comme d'autres collègues ici présents, je ne briguerai pas un nouveau mandat de sénateur. À l'aune de cette étape politique, je regarde derrière moi, taraudé par cette question : quel monde sommes-nous en train de transmettre à nos enfants ?

Alors, je me permets de poser la question suivante au Gouvernement : quelle société veut-il transmettre aux générations de demain ?

Depuis plusieurs décennies, je vois s'écrouler les repères qui ont façonné ma vie. Je pense à mon éducation familiale. Je pense à ces liens de fidélité qui ont permis de construire une famille. Je pense à cette société qui accueillait les petits, et protégeait les faibles et nos aînés de génération en génération.

Aujourd'hui, je constate que le Gouvernement remet en cause la nature. Rien de plus, rien de moins ! Avec les ABCD de l'égalité, par exemple... Votre obsession de déconstruire les stéréotypes revient à déconstruire la complémentarité.

M. Alain Bertrand. N'importe quoi !

M. Philippe Darniche. La différence entre homme et femme, vous ne l'acceptez pas, car vous ne concevez pas que le mot « complémentarité » puisse exprimer respect et enrichissement.

Cette complémentarité devait rester la référence dans le mariage entre un homme et une femme, et dans l'éducation à transmettre à leurs enfants.

On doit aimer la vie. On doit aimer et respecter nos anciens, car ils sont la pierre sur laquelle s'est construite notre histoire. C'est le devoir filial. On doit s'émouvoir devant le malade, le handicapé, car dans son corps blessé, c'est notre humanité qu'il porte. Et pourtant !

Que faites-vous lorsque 96 % des fœtus porteurs d'une trisomie 21 sont tués par avortement au seul prétexte de leur maladie ? Pourquoi avoir dissocié avortement et détresse ? Pourquoi avoir rendu gratuite la pilule contraceptive pour les jeunes filles dès l'âge de quinze ans ? Vous les déresponsabilisez en leur faisant croire que, dans la vie, la liberté, c'est assouvir tous ses désirs, alors même que ceux-ci peuvent vous rendre esclaves.

Mme Catherine Tasca. Et vous, vous êtes responsable ?

M. Philippe Darniche. De quelle liberté parlez-vous quand nos aînés, touchés par le poids des ans, quand nos concitoyens malades, sentent le risque de se voir supprimer par une société qui bouleverse les codes multiséculaires de l'accompagnement de fin de vie ?

M. Alain Bertrand. Arrêtez de faire la morale !

M. Philippe Darniche. Que faire de ce monde qui ne respecte plus les lois non écrites inscrites dans le cœur de l'homme ?

De manière générale, le bateau France part à la dérive. Chaque jour les indicateurs le démontrent. (Exclamations sur les travées du groupe socialiste.)

M. Alain Bertrand. Et les jeunes sont mauvais, aussi ?...

M. Philippe Darniche. Les Français désorientés se réfugient dans les extrêmes. Face à l'augmentation du chômage, vous faites diversion et proposez un projet de réforme territoriale bâclée, sans aucune concertation. Face à l'explosion de l'insécurité, vous ne trouvez rien de mieux que de proposer un texte favorisant le laxisme pénal. (Murmures sur les mêmes travées.)

M. Alain Bertrand. Démagogie !

M. Philippe Darniche. Les générations futures ne peuvent être sacrifiées. Je m'adresse au Gouvernement dans son ensemble : quand cesserez-vous d'abîmer la France ? (Applaudissements sur quelques travées de l'UMP.)

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État chargée de la famille, des personnes âgées et de l'autonomie.

Mme Laurence Rossignol, secrétaire d'État auprès de la ministre des affaires sociales et de la santé, chargée de la famille, des personnes âgées et de l'autonomie. Monsieur le sénateur, je veux tout d'abord contribuer à lever une inquiétude importante, et probablement lourde à porter, que vous avez exprimée.

Je tiens à vous rassurer : non, les androgynes ne vont pas revenir et déclencher, de nouveau, la colère de Zeus et des autres dieux. (Sourires sur les travées du groupe socialiste. - M. André Gattolin applaudit.)

Soyez tranquille ! Non, l'indifférenciation des sexes ne nous menace pas, pas plus qu'elle ne menace l'espèce humaine.

Cette peur ancestrale que vous avez exprimée est historique. Elle rejoint tout à fait celle de la fin de l'espèce, laquelle cesserait de se reproduire, faute de reconnaître son plus et son moins.

Monsieur le sénateur, ce qui définit l'humanisme moderne, c'est justement la conviction que la nature est tout sauf une norme morale.

Ce qui fait la force de la République, celle que les hommes ont construite et sont allés conquérir sur la nature, qui ne la leur a pas donnée, c'est qu'elle permet à chacun de vivre selon ses convictions.

La force de la loi civile, c'est que ce qu'elle permet, elle n'y contraint pas.

S'agissant de tous les sujets que vous avez évoqués, personne n'est « obligé ». La loi des hommes le permet, la loi de la nature l'interdit.

Vous nous demandez, monsieur le sénateur, quelle société nous voulons transmettre à nos enfants.

Nous voulons leur transmettre, tout simplement, une société construite sur les valeurs qui sont les nôtres, qui sont celles de cette maison, là même où je les ai consolidées et où beaucoup d'entre vous me les ont enseignées : celles de la République, de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

Car ce sont les seules valeurs universelles, et celles qui nous ont permis, en particulier à nous, les femmes, de conquérir des libertés nouvelles que la nature ne nous avait pas données non plus. Je pense, en premier lieu, aux droits procréatifs, à la contraception, au droit à l'interruption volontaire de grossesse. Je rappelle en effet que, avant la loi Veil, des centaines de femmes devaient subir des avortements dans des conditions inhumaines, dangereuses et mortelles.

Ces droits, la nature, disais-je, ne nous les a pas donnés. Mais elle était parfois tellement généreuse, monsieur le sénateur, qu'elle en devenait pour nous un fardeau.

Monsieur le sénateur, je vous souhaite une retraite heureuse. Vous aurez le temps de vous consacrer à des controverses, telle que « la place de la foi à la place de la loi », et à une vieille question posée par les Apôtres : la loi de Dieu est-elle supérieure à celle des hommes, ou celle des hommes à celle de Dieu ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste, du groupe CRC et du groupe écologiste, ainsi que sur les travées du RDSE. – Mme Muguette Dini applaudit également.)


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