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Intervention dans le débat sur l'avenir du cinéma français

Séance du mardi 28  mai 2019

M. Stéphane Ravier. Représentant plus de 100 000 emplois, le cinéma français est une industrie, qui se trouve, à son tour, gravement menacée. L’arrivée en force de plateformes telles que Netflix ou Amazon a conduit le président de Gaumont, Nicolas Seydoux, à tirer la sonnette d’alarme, en évoquant une « guerre culturelle » entre ces plateformes et le cinéma. La fréquentation des salles a même baissé de 4,3 %.

Dès lors, ceux-là mêmes qui étaient les apôtres de l’ouverture, du multiculturalisme et de la diversité dans tous les secteurs de l’économie sont pris de panique devant le scénario possible de la perte, pour certains, de juteux bénéfices, et, pour d’autres, de leur emploi. On n’hésite pas à brandir l’« exception culturelle française », sorte de préférence nationale à peine déguisée… (MM. David Assouline et Roger Karoutchi s’esclaffent.)

Au-delà de l’ironie et de l’hypocrisie, convenons que le cinéma français est une exception. Avant d’être une industrie, il est un art. Si, outre-Atlantique, le cinéma rapporte, en France, il apporte : il apporte des émotions aux spectateurs grâce à des scénaristes de génie, des metteurs en scène exceptionnels, des acteurs qui, pour certains, sont devenus des monstres sacrés, au point que le calamiteux Festival de Cannes a été obligé cette année de rendre un hommage au très politiquement incorrect Alain Delon ! (M. Roger Karoutchi rit.)

De la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol aux Petits Mouchoirs, en passant par Les Tontons flingueurs, Bienvenue chez les Ch’tis, La Grande Vadrouille ou encore Tous les matins du monde, le cinéma français est riche d’être terriblement français. Ce qui constituait l’exception de notre cinéma, c’est qu’il était beau, vrai, indépendant, talentueux, audacieux, dérangeant, enraciné : en un mot, populaire !

Attaqués par le libéralisme consumériste et par le prêt-à-penser, qui se traduit par le prêt-à-filmer, le prêt-à-jouer, les Français se détournent d’un cinéma subventionné, politisé, aseptisé, qui ne les fait plus rêver, qui ne les divertit plus, dans lequel ils ne se reconnaissent plus.

Rappelons-nous ce cri de détresse poussé par Louis de Funès, alias Don Salluste, ministre des finances à la cour d’Espagne dans La Folie des grandeurs, alors qu’il vient d’être révoqué par la reine : « Mais qu’est-ce que je vais devenir ? Je suis ministre, je ne sais rien faire ! » (Sourires.)

Monsieur Riester, vous qui êtes encore ministre, que pouvez-vous faire pour préserver cette exception culturelle et populaire que représente encore le cinéma français ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Franck Riester, ministre de la culture. Monsieur le sénateur, je m’en tiendrai dans ma réponse au début et à la fin de votre intervention, ayant eu quelque difficulté à suivre le reste de votre propos…

Oui, le cinéma est un art qui crée des émotions exceptionnelles, partagées par les spectateurs dans des salles dont je tiens à réaffirmer devant vous, mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, la place essentielle. Ces boîtes noires rassemblent des Françaises et des Français d’origines diverses, de milieux sociaux variés, qui n’ont pas forcément les mêmes idées mais se retrouvent autour d’un film. C’est un élément fondamental, une spécificité qu’il faut défendre.

Par ailleurs, comme je l’ai dit dans mon propos liminaire, si le cinéma français est vivant, c’est grâce à soixante-dix ans de mobilisation de tous les intervenants dans la filière, les producteurs, les diffuseurs, les metteurs en scène, les réalisateurs, les acteurs, tous les techniciens qui, de près ou de loin, travaillent sur les films, les compositeurs de musique – on oublie trop souvent la dimension musicale du cinéma.

Les pouvoirs publics ont bien évidemment eux aussi joué leur rôle, en mettant en place un écosystème bénéfique à la création cinématographique française et à sa diversité, laquelle s’est une nouvelle fois exprimée de la plus belle des manières lors du dernier Festival de Cannes, qui est décidément le plus beau festival de films du monde.


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